La musicothérapie en questions


Comment définir la musicothérapie ?


Définition formulée par l'association des musicothérapeutes du Canada :
"La musicothérapie est l'utilisation judicieuse de la musique, comme outil thérapeutique pour rétablir, maintenir et améliorer la santé mentale, physique et émotionnelle. La nature non verbale, créative et affective de la musique facilite l'interaction, l'expression de soi, la communication et la croissance".

Définition de Benenzon, pédopsychiatre argentin et musicothérapeute :
"Je définis la musicothérapie comme étant le domaine de la médecine qui étudie et recherche le complexe "son-être humain-son", utilisant le mouvement, le son et la musique afin d'ouvrir des canaux de communication chez l'être humain dans un but thérapeutique, psychoprophylactique ou de mieux-être pour lui-même et pour son entourage."

Ainsi, la musicothérapie est une approche psychosensorielle qui associe le son, le mouvement, la voix, le rythme dans le but d'opérer une régulation tant émotionnelle que relationnelle chez l'enfant, l'adulte ou la personne âgée.

La musique n'est pas thérapeutique en soi! Malheureusement, il ne suffit pas d'administrer la musique comme un médicament...

Il est également faux de croire que la musique soulage toujours. Certes, la musique adoucit les mœurs, mais elle peut également faire terriblement souffrir.

La musicothérapie s'inscrit dans une prise en charge globale du patient, établi par l'ensemble de l'équipe pluridisciplinaire.

L'objectif thérapeutique est à distinguer d'un "résultat" proprement musical. La musicothérapie implique des modalités de fonctionnement précises: repère dans le temps (une séance par semaine à la même heure et même jour), repère dans l'espace (une salle spécifique identifiée par le patient pour la musicothérapie)

Depuis quand existe la musicothérapie ?

Le mariage entre musique et thérapie a probablement été contracté bien avant que l'écriture ne puisse en témoigner...

Fêtes primitives d'alors ou concert rock d'aujourd'hui, fêtes religieuses ou profanes, de la musique s'y joue et son pouvoir cathartique offre là défoulement, extase ou transes.

La musique sait éveiller et stimuler les émotions les plus vives, mais elle peut aussi apaiser et calmer... À travers les siècles, les berceuses, chantées et transmises par les aînés, sont là pour rendre compte d'une forme de musique-thérapie.

Mais qu'en est-il de la musicothérapie proprement dite, au sens où ce terme est entendu à ses débuts et tel qu'il survit aujourd'hui ?

Dans les premières pratiques au siècle dernier, des concerts sont organisés, des chœurs et des orchestres de malades sont créés et constituent les séances de musicothérapie d'alors.

En 1838, vers la fin de sa vie, Esquirol dans son traité “Des Maladies Mentales” nous confie ses conclusions quant à ces pratiques : “J'ai souvent employé de la musique, j'ai rarement obtenu quelque succès par ce moyen. Il calme, repose l'esprit, mais ne guérit pas !” Cette réflexion est fort pertinente et stigmatise l'illusoire de l'assimilation de la musique à un remède médical.

À l’aube du XXIe siècle, la musicothérapie vit un bel essor. Elle emprunte ses pratiques à l'ensemble du champ de la psychothérapie. Loin de l'empirisme de ses débuts, elle est maintenant plus élaborée. Elle est complexe dans sa méthode et ce dans ses deux différentes formes à savoir, la musicothérapie active et la musicothérapie réceptive.

Comment la musique est-elle utilisée en thérapie ?

Deux techniques de musicothérapie sont habituellement décrites : La musicothérapie réceptive, et la musicothérapie active.

La musicothérapie réceptive est à base d’auditions musicales. Il s’agit d’une écoute active de la musique dans un état de calme réceptif. La musique stimule la pensée, aide à développer les facultés cognitives, telles que l’attention et la mémoire. La musique donne également libre cours à l’imagination, évoque des souvenirs et des associations.

En effet, l’audition d’une œuvre musicale peut ramener un souvenir au présent. Et, par son côté répétitif et prévisible, la musique bénéficie d’un pouvoir apaisant, consolant, sécurisant.
Mais c’est essentiellement sa capacité d’émouvoir qui est fondamentale en musicothérapie, car l’émotion déclenche un processus de prise de conscience. Les émotions reprises par le musicothérapeute vont ensuite servir de support au travail thérapeutique.

Cette écoute musicale n’a donc rien à voir avec avec l’écoute d’un concert ou d’une musique d’ambiance. Le musicothérapeute, présent tout au long des séances, reste en permanence le “maître du jeu”: c’est lui qui dirige le choix des œuvres musicales diffusées, qui fixe le temps d’écoute ou de parole, qui oriente le travail psychothérapique.

Quelles sont les musiques utilisées ?

Toutes les musiques peuvent être au programme.

Les musiques de Bach, Chopin ou Beethoven ont peut-être des vertus particulières... Mais il n’existe malheureusement pas des musiques plus thérapeutiques que d’autres! Cela veut dire que chaque musique peut un moment donné prendre un sens thérapeutique. Il est évident que le choix des musiques diffusées est déterminant pour l’avancée du travail. C’est au musicothérapeute de réaliser des montages d’extraits d’œuvres adaptés en fonction du projet thérapeutique. Il faut tenir compte de la personnalité du patient, de ses goûts musicaux et de sa pathologie. Par exemple, s’il s’agit d’un patient déprimé, pour qui la perception du temps est perturbée (en effet pour quelqu’un de déprimé le temps s’immobilise quasiment) diffuser une musique au tempo rapide serait vécu comme une agression. Au contraire, il faut aller à sa rencontre en diffusant des musiques qui s’accordent à son propre rythme, puis progressivement l’intégrer dans un rythme plus proche de la réalité. Le patient est ainsi accompagné dans sa démarche à travers la relation thérapeutique. Pour chaque séance le musicothérapeute construit un nouveau montage.

La musicothérapie active, désigne les techniques qui permettent au patient de produire lui-même une série de sons: un rythme, des mélodies, des vocalises ou un chant. Le patient peut s’exprimer, développer sa créativité dans le sens d’un éveil ou réveil de ses énergies propres. Parfois c’est une mise à jour des différentes tensions intérieurs. Le but est alors d’aider à une réorganisation de la vie intérieure pour une meilleure acceptation de soi-même d’autrui, de la réalité quotidienne...

Là encore, ces techniques ne sont pas des formes de loisirs. C’est un contexte de soins, même si la musique et les instruments évoquent le plaisir. Là aussi, c’est au musicothérapeute de donner un sens à l’expression musicale du patient.

Là où il y a inhibitions, angoisse, agressivité, ou encore difficultés à communiquer, les séances de musicothérapies peuvent intervenir et aider. La vibration sonore va permettre de véhiculer toutes les émotions. La musique devient une passerelle entre une vie intérieure perturbée et une réalité extérieure avec laquelle nous sommes tous obligés de vivre...

La détente psychomusicale ou la relaxation par la musique.

L’impact de la musique en détente n’est plus à démontrer. Le pouvoir anxiolytique de la musique a été étudié dans des contextes de soins spécifiques (bloc opératoires, services hospitaliers, cabinets dentaires...). Des travaux ont mis en évidence une nette diminution des constantes (pouls, fréquence cardiaque, fréquence respiratoire).

Les séances de détentes sont entièrement élaborées par le musicothérapeute. Les bandes musicales sont personnalisées pour chaque patient, en fonction de son état d’anxiété et en fonction de ses goûts musicaux. Cette technique de détente n’a rien en commun avec les disques ou cassettes dites de “relaxation” que l’on trouve actuellement sur le marché. Il en existe même pour maigrir!

L’angoisse, l’anxiété, le stress, les troubles du sommeil - en particulier de l’endormissement - sont des indications pour des séances de détentes psychomusicales.

Elle intervient aussi dans des spécialités médicales ou paramédicales : en neurologie, en cancérologie, en obstétrique (dans les préparations à l’accouchement et dans la maîtrise de la douleur).

La musicothérapie offre des résultats positifs en particulier chez les femmes enceintes et dans la réduction du stress en général.

À qui s’adresse la musicothérapie ?

La musicothérapie s’adresse à toute personne en rupture d’équilibre, enfant, adulte ou personne âgée.

Du mal-être à la dépression, de la timidité à l’inhibition, du simple trac au stress la musicothérapie peut intervenir comme véritable soin ou en complément au traitement habituel.

L’angoisse, et les difficultés de communication, sont des symptômes souvent rencontrés.

La perte de l’élan vital et la lutte contre le comportement de démission, observés dans le cadre d’une dépression ou chez les personnes âgées sont des indications pour une musicothérapie.

Nous rappelons que les séances peuvent également se situer comme prévention, ou dans l’accompagnement des événement heureux comme l’accouchement.

Le musicothérapeute procède toujours à une analyse des besoins du patient à l’aide d’un bilan psychomusical, puis il élabore un projet de soins précise les méthodes utilisées. Enfin le musicothérapeute évalue régulièrement ses actes et ses effets pour réajuster la méthode.

Comment devient-on musicothérapeute ?

Devenir musicothérapeute demande une solide formation à la fois dans le domaine musical - instrumental et vocal -, et dans ceux de la psychologie, la psychiatrie, les thérapies corporelles et les psychothérapies. Cette formation est indispensable.
La musique, de par sa nature, se prêterait aisément aux fantaisies d’éventuels “apprentis sorciers”...

Entre le champ du sensible et celui du savoir, la rigueur est de mise.

Un enseignement se développe et se complète chaque année à l’Université de Montpellier ou de Paris. En province, des instituts de formation proposent également cette spécialité.


CONCLUSION

L’audition et la pratique de la musique ouvre un domaine immense. Chacun de nous peut y trouver un enrichissement culturel, un moyen d’épanouissement, une source d’émotions esthétiques, un soutien pour traverser des moments difficiles.

Dans l’objectif proprement thérapeutique, la musique sert de support à des techniques particulières de psychothérapie. La musique est considérée comme objet médiateur dans la relation thérapeutique.

A l’heure actuelle, la musicothérapie a trouvé sa place dans la chaîne thérapeutique en psychiatrie. Son domaine s’élargie à la souffrance psychologique et physique. La complexité du sens et des effets de la musique, la difficulté à objectiver scientifiquement la musicothérapie rendent difficile sa reconnaissance officielle.
Seule la pratique clinique apporte pour l’instant une réponse à la reconnaissance de la profession. Aujourd’hui, face à une médecine de plus en plus technique, la musicothérapie peut néanmoins se développer et s’affirmer. Car là où les mots s’arrêtent... Quand la souffrance devient trop lourde et que la parole n’a pas su le dire, la musique commence...

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